En réponse à l’éditorial de Richard Patry

dans le lettre de la FNCF n° 28

avril 2001

 

            Je ne connaissais pas Monsieur Patry, j’ai fait sa “découverte” à Poitiers, lors du congrès, de manière fort désagréable : il était préposé, depuis le haut des gradins à l’arrière de la salle, pour censurer les intervenants et il faisait des signes sémaphores à l’adresse des hôtesses pour autoriser ou interdire le micro à telle ou telle personne.

            J’ai dit à Monsieur Jean Labé mon indignation sur ce procédé d’une autre époque et je crois qu’il est convenu du bien fondé de cette indignation ; nous pouvons espérer plus de réserves et de discrétion lors d’un prochain congrès. Peut-être mettra-t-on des oreillettes aux hôtesses et le censeur derrière un miroir sans tain. Plus raisonnablement, il faut espérer qu’on abolira la censure.

            Mais revenons à l’éditorial de Richard Patry. Il soulève des questions relatives à la production et à la distribution et conclut qu’il s’agit d’un problème vital pour le cinéma en France.

Vital pour qui ? Pour l’exploitation cinématographique ? Certainement pas ! Alors vital pour qui ? Pour la production ? Pour la distribution ?

Je médite sur cette réflexion de Vermeer au bottier qu’il consultait pour savoir comment dessiner un soulier.  Ce bottier qui, après avoir donné le conseil, disait : «…et pour la jambe, cher maître…». Vermeer coupa court :  cordonnier, pas plus haut que la chaussure (*). En abordant un sujet spécifique à la production, ne serions-nous pas en train de franchir notre niveau d’incompétence ?  Certes, nous pouvons nous préoccuper de l’harmonisation des sorties des films en salles et nous pouvons  plus ou moins bien exploiter un film.

La petite exploitation qui comprend, bien souvent, des exploitants n’ayant qu’un écran est bien obligée de doubler les films le plus souvent possible ; ce qui n’était pas, ou peu possible, de faire il y a seulement vingt ans est possible aujourd’hui. Cela ne remet pas en cause l’avenir des salles.

Face à ce faux problème, et pour l’ensemble de la profession cinématographique, des laboratoires aux installateurs de cabines, sans oublier les formateurs, les producteurs, les distributeurs et les exploitants, se présente un vrai problème majeur et dont je suis surpris de constater que nos instances fédérales n’abordent pas encore la discussion avec nous : dans cinq ans, peut-être avant, c’est à dire demain, arrive... le cinéma numérique.

Que vont devenir nos salles, particulièrement les salles de la petite exploitation ?

Il est de bon ton de dire parfois qu’il ne faut pas prendre les vessies pour des lanternes, mais dans ce cas il faut surtout et dès maintenant prendre les lanternes numériques pour le problème majeur de cette prochaine décennie.

Voilà ce que m’inspire comme réflexion, Cher Monsieur Patry, votre éditorial et j’attends avec impatience tous ceux qui vont ouvrir le débat sur ce vrai sujet.

Il est un second sujet majeur, pour lequel je me bats (mais un peu seul) qui consiste à demander un Code de l’Industrie Cinématographique adapté à notre époque et, dès lors, le respect des règlements par l’ensemble de la profession. Il y a belle heurette que la profession ne connaît plus les règlements actuels sur lesquels elle passe outre et commet de ce fait d’incroyables manquements à cette réglementation… l’usage des cartes illimitées, en violation des règles en vigueur en l’an 2000, est la lamentable démonstration de cette situation. Et le laxisme du CNC à cet égard reste édifiant. Quant aux hommes qui font les lois et les défont, c’est à l’évidence sous la pression des lobbies. Nous garderons longtemps dans notre mémoire la rapidité surprenante avec laquelle notre Assemblée Nationale et notre Sénat ont réglementé l’activité hors la loi de l’usage de cartes illimitées avant même que le Conseil de la concurrence n’ait donné son jugement.

 

                            Jean-Baptiste Achéritéguy

 

 

 

l'intégralité de l'éditorial de Monsieur Richard Patry

 

 

(*) S'inspirant sans doute de cette citation :

      «Cordonnier, ne te risque pas au delà de la chaussure»

Ne sutor ultra crepidam : citation latine dont l'origine remonterait au peintre Apelle, quatre siècles avant J-C, qui se cachait derrière ses toiles pour écouter les réflexions. Elle est encore attribuée à Michel Ange qui en aurait fait usage. On ne prête qu'aux riches.